La place de la psychogénéalogie en psychothérapie

En psychothérapie, le patient est accueilli et considéré dans son individualité, dans son appartenance à un système familial et dans son environnement. Tout ne parait pas pouvoir être pensé à partir de l’histoire individuelle qui n’existe pas sans relation avec ces différents niveaux. C’est pourquoi la psychogénéalogie fait partie des outils utilisés par un certain nombre de psychothérapeutes.

psychogénéalogie

La psychogénéalogie considère la famille comme un système dont les membres sont dans un lien conscient et inconscient, qu’ils soient en relation effective ou pas.

Pourquoi ne peut-on pas cloisonner histoire personnelle et système familial ?

La place de l’enfant est instituée par le système de filiation mais aussi par le système familial via les parents. L’enfant trouve une place, en fonction de celle qui lui est faite par ses parents, plus largement par le système familial, en fonction de ce qu’il est et fait de cette situation. La place faite à chaque membre d’une famille peut être interprétée à partir du sens caché d’informations à caractère identitaire : prénoms, dates, lieux, événements marquants.
Certaines places sont « invivables » c’est-à-dire qu’elles ne laissent pas de place à l’enfant pour exister. L’enfant adopte alors des stratégies de survie, souvent très coûteuses pour son développement.

Anne Ancelin Schützenberger considère que l’acquittement des dettes familiales est très souvent transgénérationnel : « Ce que nous avons reçu de nos parents, nous le rendons à nos enfants. ». J’ajouterais, si nous n’en avons pas conscience et n’avons pas pu l’élaborer. Le passé émotionnel des générations précédentes non élaboré est transmis à l’enfant qui va le manifester d’une manière qui lui est propre.

En prenant conscience de ces transmissions, nous allons pouvoir faire un chemin de conscience pour se délivrer et délivrer les générations futures du poids de ces transmissions. Elle dit également qu’il y aurait dans chaque famille des règles de loyauté et un système de comptabilité inconscient qui fixent la place et le rôle de chaque membre et ses obligations familiales, notamment vis-à-vis du respect et des convenances.

Comment repérer ces règles de loyauté ?
Il est nécessaire de se mettre en contact avec ses ressentis et de les exprimer, de bousculer ses représentations en les interrogeant parfois par un travail d’investigation de l’histoire familiale, d’intégrer ce travail de découverte en osant d’autres façons de se positionner dans le système familial.

Les référents théoriques de la psychogénéalogie

Déjà Freud dans « totem et tabou » évoquait la possibilité qu’un sentiment se transmette de génération en génération. A la même époque, Gustav Jung, faisait l’hypothèse d’un inconscient collectif développé d’abord par l’inconscient collectif familial. Plus tard, Jacob Lévi Moreno postule l’existence d’un co-inconscient familial ou groupal qui serait le vecteur d’une transmission transgénérationnelle.

La psychogénéalogie s’est développée dans les années 1970 par le Pr Anne Ancelin Schützenberger. Elle a travaillé avec le psychosociologue Jacob Levy Moreno aux USA et a repris le génogramme ou génosociogramme qui avait été créé dans les années 70 par les pionniers de la thérapie familiale (Grégory Bateson, l’école de Palo Alto…). Elle reprend le terme de « génosociogramme (ou génogramme) » en y alliant sa formation psychanalytique.

En 1978, deux psychanalystes freudiens, Nicolas Abraham et Maria Török publient un livre intitulé «l’écorce et le noyau». Ils s’intéressent aux comportements de leurs patients qui sont amenés à agir irrationnellement sans pouvoir faire de liens avec leur propre histoire.
Pour expliquer ces comportements non rationnels, les deux psychanalystes utilisent les concepts de «crypte» et de «fantôme».

Ils imaginent en effet qu’un secret ait pu être enfermé par le non-dit dans une crypte de l’inconscient familial et en surgir pour influencer le comportement de leurs patients. De quelle nature sont ces secrets? Deuils pathologiques, meurtre ou suicide, inceste, maltraitance, précarité, faillite, adultère, enfants hors mariage, pédophilie, maladies (sida, mst, maladies mentales…). Il est rare que l’histoire d’une famille ne comporte aucun de ces épisodes. Ces sujets sont souvent soigneusement évités dans les sujets de conversation familiale et ceux qui veulent en savoir plus, rencontrent souvent des obstacles (peurs, résistances, rejet) pour avoir des réponses à leurs questions. Ces secrets souvent tus par honte, par pudeur, peuvent devenir de véritables fantômes.

Pour Nicolas Abraham et Maria Török, «un fantôme» est donc une formation de l’inconscient né du secret inavouable d’un autre membre de la famille et qui s’est transmis d’un inconscient à l’autre à travers les générations. Pour Maria Török et Nicolas Abraham, le secret et les non-dits, tous les mots occultés agissent,«comme des lutins invisibles qui arrivent à rompre depuis l’inconscient la cohérence du psychisme ».

Comment ce travail de psychogénéalogie se concrétise dans le travail de psychothérapie ?

Quand des questions de secrets, de non dits, de non connaissance ou de non repérage dans le système familial apparaissent, le psychothérapeute soutient son patient, si il le souhaite, dans son travail d’enquête auprès de sa famille ou de personnes extérieures. L’apparition d’une maladie, un deuil, des problèmes relationnels peuvent être aussi le point de départ d’une telle recherche.

Il s’agit pour le patient de se réapproprier des parties de soi ou pas, en sommeil, agissantes à son insu.
Durant le travail de psychothérapie, si la question de la place dans le système familial est au travail, le psychothérapeute peut aider son patient à explorer son arbre généalogique. Il peut ainsi amener son patient à comprendre l’ordre généalogique et interroger les places, fonctions, histoires, identité de chacun. Construire un génosociogramme peut permettre au thérapeute d’interroger le patient qui se place souvent tel qu’il se vit dans le groupe familial.

La confusion au niveau des places est source de conflits et a des répercussions dans la vie affective et sociale où il s’agit de trouver sa place. Prendre conscience de la place qu’on occupe dans le système familial permet progressivement de s’en dégager et d’en construire une, plus satisfaisante. Cela participe à rétablir symboliquement des frontières entre les générations.

Explorer cet arbre c’est retrouver l’énergie de ces parcelles de vies qui n’appartiennent pas toujours à celui qui en est dépositaire et qui pourra ainsi progressivement s’en libérer pour enrichir sa vie intérieure et devenir disponible pour rencontrer l’extérieur.

Ce travail transgénérationnel cherche à montrer qu’il existe une forme de reproduction inconsciente entre les générations. S’en rendre compte permet de se déculpabiliser et éventuellement de se débarrasser de certains comportements ou traumatismes.
Cet héritage redécouvert dans ses dimensions psychique, symbolique, matériel et social fait partie de l’identité. Plus assurée à ce niveau, la personne peut se positionner plus facilement face aux autres.

Faire ces prises de conscience est la première étape pour se libérer des conflits liés à ces transmissions transgénérationnelles. Reste ensuite à dénouer les conflits internes liés à ces transmissions.

En savoir plus sur la psychogénéalogie

Abraham et Torok, l’écorce et le noyau, éd. Poche, 1999

Canault Nina, Comment paye-t-on les fautes de ses ancêtres ? , Desclée De Brouwer, 1998.
Dans un entretien rapporté par Nina Canault, dans son livre Comment paye-t-on les fautes de ses ancêtres (Ed. DDB), elle assure : « Tous les jours, je vois des dates d’accouchement ou des dates de conception qui commémorent la mort d’un parent ou d’un aïeul ou d’un premier enfant dont on n’a pas pu faire le deuil. » Elle a fait des observations similaires, lorsque la grossesse n’est pas menée à terme, mais aussi par rapport à l’apparition de différentes maladies.

Claude Nachin, Les fantômes de l’âme, l’harmattan, 2007

Didier Dumas, L’Ange et le fantôme, introduction à la clinique de l’impensé généalogique, éd.Minuit, Paris, 1985

Ancelin Schützenberger A., Aie, mes aieux ! , Desclée De Brouwer. 15e édition, 2000, « De très nombreux enfants sont nés par coïncidence, comme pour marquer l’anniversaire (de la naissance ou de la mort) de la mère de la mère, comme pour un rappel du lien de la mère à sa propre mère (ou à son père), dans le lieu même de la naissance – comme s’il y avait complicité entre l’inconscient de la mère et le préconscient de son enfant à naître, pour que ces dates de naissance deviennent signifiantes . «  (« Aïe mes Aïeux », p..84 ; )

Marie Balmary, l’homme aux statuts, Editions Grasset, 1979,

Philippe Grimbert, Un secret, Éditions Grasset, (2004) qui est ensuite adapté au cinéma. Ce livre est récompensé par le prix Goncourt des lycéens en 2004, le prix des Lectrices de Elle et le prix Wizo en 2005 Adaptation du roman « Un secret » au cinéma par Claude Miller, avec Cécile de France, Ludivine Sagnier, Patrick Bruel. 2007.

Bruno Clavier, Les fantômes familiaux, Psychanalyse transgénérationnelle, essais payot,,
Paru le 9 Janvier 2013.

Van Eersel P. et Maillard C., J’ai mal à mes ancêtres, Albin Michel, 2002.
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Serge Tisseron, Tintin et le secret d’Hergé, secret de famille mode d’emploi, les secrets de famille.
Serge Tisseron explique le mécanisme de transmission d’un secret de famille : à la première génération, il est «indicible», à la deuxième génération, il est «innommable», à la troisième, il devient «impensable».

Festen est un film danois réalisé par Thomas Vinterberg. Prix du Jury Cannes 1998.

Histoire d’un secret, documentaire de Mariana Otero : http://annebrunswic.fr/41-Histoire-d-un-secret-de-Mariana



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